A Genève, l’apprentissage pâtit d’un désolant dialogue de sourds entre l’Etat et les entreprises
Une chronique de Mathilde Appia dans les pages du Temps

Tandis que la part des CFC et AFP diminue dans l’ensembledes diplômes du secondaire II, patrons et autorités se renvoient laresponsabilité. Une chronique appelle à dépasser les polémiques pour miser surle terrain.
Il y a quelques jours, deux patrons dénonçaient sur leplateau de Léman Bleu que l’Etat de Genève serait un obstacle à la formationdes apprentis. Ils y déploraient notamment des retraits d’autorisation deformer au lieu de soutenir et valoriser les entreprises formatrices. Quelquessemaines plus tôt, une enquête de Temps présent révélait la maltraitance quesubissent certains apprentis, posant, à l’inverse, la question d’une tropgrande facilité à accorder le droit de former.
Autre discorde, les entreprises déplorent le fort soutienpublic à l’apprentissage à plein temps qui entrerait en concurrence avecl’apprentissage dual, alors que l’Etat défend que c’est pour compenser lemanque d’entreprises formatrices qu’il doit soutenir l’apprentissage en école.
Si on s’accorde tous à dire qu’il faut valoriser laformation professionnelle, on a tendance à se renvoyer la balle sur qui a laresponsabilité de concrétiser cette ambition. Et pendant ce temps, la place del’apprentissage stagne à Genève: le nombre de contrats signés est le même qu’ily a 10 ans, et la part relative des CFC (certificats fédéraux de capacité) etAFP (attestation de formation professionnelle) a même diminué dans l’ensembledes diplômes du secondaire II.
De trop rares exemples encourageants
Derrière les débats sur la manière dont l’apprentissagedevrait fonctionner, il y a donc un problème réel et préoccupant.
Face à un problème, chercher un coupable fait perdre dutemps à la recherche d’une solution. Accuser l’influence française ou celle desorganisations internationales, peu familières avec cette spécificité du systèmede formation suisse, est peut-être tentant. Mais transformer ces acteurs enboucs émissaires ne nous aidera pas à développer nos places d’apprentissage.Saisissons plutôt l’opportunité de leur donner la connaissance, l’envie et lesmoyens de former à leur tour.
La semaine dernière, j’ai d’ailleurs vécu un moment qui m’adonné beaucoup d’espoir. Six entreprises qui peinent à attirer des jeunes ontpréféré laisser de côté leurs doléances pour venir à la rencontre de cesderniers. Chacune a accueilli successivement plusieurs groupes de futursapprentis pour leur présenter leur métier à travers la pratique et des échangesavec d’actuels apprentis. Gestionnaire en restauration de système,ferblantier·ère, mécanicien·ne de production, horticulteur·trice, opérateur·triceen horlogerie et assistant·e dentaire ont ainsi été mis à l’honneur. Unematinée pour attiser la curiosité et faire naître l’envie d’en découvrirdavantage au travers d’un stage.
Pendant quelques heures, l’idée même de chercher descoupables a semblé incongrue: il n’y avait de la place que pour de jeunesadultes volontaires et curieux·ses de trouver leur voie et des entreprisesmotivées à partager la passion de leur métier.
Elle est peut-être là la solution: créer davantage d’espacesoù entreprises, jeunes et acteurs de la formation se rencontrent autour duconcret. Car plutôt que de reprocher à l’autre de ne pas comprendre notreréalité, pourquoi ne pas nous réunir autour d’une ambition commune: permettreaux jeunes d’apprendre un métier dans un cadre sûr et aux entreprises de formerdurablement leur relève?
Retrouvez cette chronique, signée Mathilde Appia, Directrice de la Fondation Qualife dans les pages Carrières du journal Le Temps
Restez informé·e !
Inscrivez-vous à notre newsletter trimestrielle.





