A Genève, l’apprentissage pâtit d’un désolant dialogue de sourds entre l’Etat et les entreprises

Une chronique de Mathilde Appia dans les pages du Temps

Chronique
Publié :
23/10/26
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Tandis que la part des CFC et AFP diminue dans l’ensembledes diplômes du secondaire II, patrons et autorités se renvoient laresponsabilité. Une chronique appelle à dépasser les polémiques pour miser surle terrain.

Il y a quelques jours, deux patrons dénonçaient sur leplateau de Léman Bleu que l’Etat de Genève serait un obstacle à la formationdes apprentis. Ils y déploraient notamment des retraits d’autorisation deformer au lieu de soutenir et valoriser les entreprises formatrices. Quelquessemaines plus tôt, une enquête de Temps présent révélait la maltraitance quesubissent certains apprentis, posant, à l’inverse, la question d’une tropgrande facilité à accorder le droit de former.

Autre discorde, les entreprises déplorent le fort soutienpublic à l’apprentissage à plein temps qui entrerait en concurrence avecl’apprentissage dual, alors que l’Etat défend que c’est pour compenser lemanque d’entreprises formatrices qu’il doit soutenir l’apprentissage en école.

Si on s’accorde tous à dire qu’il faut valoriser laformation professionnelle, on a tendance à se renvoyer la balle sur qui a laresponsabilité de concrétiser cette ambition. Et pendant ce temps, la place del’apprentissage stagne à Genève: le nombre de contrats signés est le même qu’ily a 10 ans, et la part relative des CFC (certificats fédéraux de capacité) etAFP (attestation de formation professionnelle) a même diminué dans l’ensembledes diplômes du secondaire II.

 

De trop rares exemples encourageants

Derrière les débats sur la manière dont l’apprentissagedevrait fonctionner, il y a donc un problème réel et préoccupant.

Face à un problème, chercher un coupable fait perdre dutemps à la recherche d’une solution. Accuser l’influence française ou celle desorganisations internationales, peu familières avec cette spécificité du systèmede formation suisse, est peut-être tentant. Mais transformer ces acteurs enboucs émissaires ne nous aidera pas à développer nos places d’apprentissage.Saisissons plutôt l’opportunité de leur donner la connaissance, l’envie et lesmoyens de former à leur tour.

La semaine dernière, j’ai d’ailleurs vécu un moment qui m’adonné beaucoup d’espoir. Six entreprises qui peinent à attirer des jeunes ontpréféré laisser de côté leurs doléances pour venir à la rencontre de cesderniers. Chacune a accueilli successivement plusieurs groupes de futursapprentis pour leur présenter leur métier à travers la pratique et des échangesavec d’actuels apprentis. Gestionnaire en restauration de système,ferblantier·ère, mécanicien·ne de production, horticulteur·trice, opérateur·triceen horlogerie et assistant·e dentaire ont ainsi été mis à l’honneur. Unematinée pour attiser la curiosité et faire naître l’envie d’en découvrirdavantage au travers d’un stage.

Pendant quelques heures, l’idée même de chercher descoupables a semblé incongrue: il n’y avait de la place que pour de jeunesadultes volontaires et curieux·ses de trouver leur voie et des entreprisesmotivées à partager la passion de leur métier.

Elle est peut-être là la solution: créer davantage d’espacesoù entreprises, jeunes et acteurs de la formation se rencontrent autour duconcret. Car plutôt que de reprocher à l’autre de ne pas comprendre notreréalité, pourquoi ne pas nous réunir autour d’une ambition commune: permettreaux jeunes d’apprendre un métier dans un cadre sûr et aux entreprises de formerdurablement leur relève?

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Retrouvez cette chronique, signée Mathilde Appia, Directrice de la Fondation Qualife dans les pages Carrières du journal Le Temps

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Mis à jour :
23.10.2026

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