Face aux candidats à l'emploi, le devoir d’exemplarité des entreprises

CHRONIQUE. Les organisations n’appliquent pas toujours les principes, en matière de ponctualité notamment, qu’elles exigent pourtant des collaborateurs et collaboratrices, regrette notre chroniqueuse
L’un des plus grands enjeux des acteurs de l’insertion professionnelle est de prouver la qualité des candidatures des personnes que nous accompagnons. Pour les entreprises, le fait qu’une personne ait besoin de soutien à une certaine étape de sa carrière est souvent perçu comme la preuve d’un problème qu’elles n’ont pas l’envie ou les moyens de gérer.
Dans les pratiques de RSE (responsabilité sociale et environnement des entreprises), le «s» est ainsi souvent oublié, ou alors très valorisé mais pour l’entreprise d’à côté. Je le comprends: j’ai été indépendante avant d’être active dans l’insertion professionnelle et je portais les mêmes biais. Je voulais limiter les risques, et j’avais le sentiment erroné que cela passait par le fait de privilégier l’engagement de personnes déjà en emploi. J’ai fini par engager une personne arrivée en fin de droits de chômage: elle a été mon meilleur recrutement.
C’est pourquoi des acteurs comme la Fondation Qualife organisent régulièrement des événements à destination des entreprises: pour déconstruire ces biais et se positionner en partenaires sérieux dans leurs recrutements.
Le besoin de se rassurer
Cela fonctionne, et les retours des entreprises qui dépassent leurs craintes sont très bons. Néanmoins, un constat me frappe à chaque événement: le nombre de personnes, côté employeurs, en retard ou qui ne viennent pas malgré leur inscription.
En tant qu’entreprise, que vous soyez dirigeant·e, manager ou professionnel·le des RH, vous attendez une certaine exemplarité de la part de vos employé·es. Peut-être même davantage quand ils et elles ont rencontré une difficulté dans leur parcours: il s’agit de vous rassurer sur le fait que vous avez bien fait de donner une deuxième chance et que vous ne le regretterez pas.
Ainsi, lorsque nous construisons une communauté de formateurs et formatrices d’apprenti·es ou que nous lançons un club à destination des entreprises qui souhaitent aller plus loin dans l’articulation entre innovation, performance et valeurs humaines, un sujet revient constamment: la gestion de la ponctualité et des absences.
Respect et réalité organisationnelle
Et je partage avec vous cette préoccupation: cela relève non seulement du respect, mais également d’une réalité organisationnelle.
Là où je m’interroge, c’est de savoir dans quelle mesure nous pouvons exiger cela sans pour autant montrer l’exemple.
Lors des événements que nous organisons, quels que soient le format ou le thème, nous constatons qu’environ un quart des invité·es arrivent en retard, et 30% ne viennent pas malgré leur inscription. Et ce, même si le nombre de places était limité, et malgré la réservation d’un traiteur.
Ce constat est partagé par des organisateurs d’événements dans d’autres secteurs d’activité: si l’entrée est gratuite, alors retards et absences sont monnaie courante.
L’agacement que l’on ressent quand on est victime de quelque chose (que ce soit ce sujet ou un autre) est le même que celui qu’on génère lorsque l’on est coupable. Ainsi, avant d’exiger de nos apprenti·es et collaborateur·trices un certain comportement, questionnons-nous sur nos propres pratiques. Sommes-nous toujours à la hauteur de notre devoir d’exemplarité?
Retrouvez cette chronique, signée Mathilde Appia, Directrice de la Fondation Qualife dans les pages Carrières du journal Le Temps
Restez informé·e !
Inscrivez-vous à notre newsletter trimestrielle.


