Les apprentissages pourvus plus tôt, un défi supplémentaire pour les jeunes

Chronique
Publié :
21/4/26
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CHRONIQUE. Des signatures de contrat qui ont désormais lieu à l’automne plutôt qu’au printemps en Suisse romande: pour les jeunes adultes qui ont connu un décrochage, ce décalage n’a rien d’anodin, avertit notre chroniqueuse.

En quelques années, le calendrier de l’apprentissage dual s’est décalé en Suisse romande. Là où les signatures avaient lieu essentiellement au printemps, une part importante des places sont désormais pourvues dès l’automne.

Ce glissement n’est pas anodin. Il réduit drastiquement le temps laissé aux jeunes pour se préparer et favorise mécaniquement celles et ceux qui sont déjà prêt·es. Le risque? Que les jeunes qui ont connu un parcours plus accidenté soient hors jeu avant même d’avoir pu entrer sur le terrain.

Faire en trois mois plutôt qu’en six

Au sein de la Fondation Qualife, nous faisons ce constat au quotidien: en trois ans, la saison haute s’est avancée de plusieurs mois. Avant, nous avions jusqu’au printemps pour que les jeunes soient prêt·es, à savoir: des stages réussis, un dossier de candidature solide, des résultats scolaires au niveau, les codes professionnels acquis, une situation administrativo-financière saine et une aisance en entretien pour convaincre.

Mais à l’heure où j’écris ces lignes, il y a de nombreux métiers pour lesquels tout est déjà signé. Prenons l’exemple du CFC d’horloger·ère: plus aucune place n’est à pourvoir à Genève. Chopard SA, par exemple, a publié ses places… au tout début d’octobre!

Quelles implications pour les jeunes et les structures qui les soutiennent? La nécessité de faire en trois mois ce qui était déjà délicat en six mois. A peine leur accompagnement débute, généralement à fin août avec la ferme résolution d’avoir signé pour la prochaine rentrée, qu’ils et elles doivent être prêt·es à postuler. Mais pour cela, il faut un bon dossier de candidature. Et pour avoir un bon dossier de candidature, il faut avoir fait des stages. Et ainsi de suite…

Autrement dit, nous sommes passés du marathon aux 10 km. Avec haies. Cette discipline ne vous dit rien? Parvenez à faire rattraper cinq ans de décrochage scolaire en trois mois et on en reparle. Hors plaisanterie, c’est un vrai défi que le marché de l’emploi pose aux jeunes qui ont des parcours moins linéaires. Car rien n’indique que les entreprises aient adapté leurs attentes à ce temps raccourci.

Une habitude en Suisse alémanique

En Suisse alémanique, la période des signatures a lieu depuis longtemps à l’automne. La crise du covid l’a illustré: dans le secteur du bâtiment, les contrats y étaient déjà signés en mars, n’engendrant aucune perturbation. A Genève, au contraire, les signatures ont dû être prolongées au-delà de la rentrée.

Ce changement de calendrier n’est ainsi pas une anomalie temporelle: il s’agit de la nouvelle réalité avec laquelle nous allons devoir travailler. A peine les nouveaux et nouvelles apprenti·es font leurs premiers pas dans le monde professionnel que le recrutement de la volée suivante débute.

Résister au changement est inutile. Mon devoir est donc de requestionner notre manière de travailler et d’innover pour faire face à ce phénomène structurel. Je m’adresse ainsi à toutes les entreprises formatrices ou aux entrepreneurs qui ont décidé de le devenir: lorsqu’un·e jeune se présente à vous neuf mois avant une potentielle entrée en fonction, gardez entête que de beaux progrès auront encore lieu. Après tout, n’est-ce pas le temps qu’il faut pour créer une vie?

Retrouvez cette chronique, signée Mathilde Appia, Directrice de la Fondation Qualife dans les pages Carrières du journal Le Temps



Mis à jour :
21.4.2026

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